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Lifestyle – Mon expérience de la grossesse arrêtée

Le 15 octobre, c’est la Journée internationale du deuil périnatal. Bien que la fausse couche soit la complication la plus courante de la grossesse, elle reste un sujet tabou entouré de stigmatisation, de silence et de honte.


Fin du mois d’août, mon mari et moi apprenions que le cœur du petit être qui grandissait en moi depuis 9 semaines avait cessé de battre. Pour nos cœurs à nous, cela a été un déchirement. Aujourd’hui nous allons bien et nous estimons, in fine, que nous avons beaucoup de chance : je suis en bonne santé, nous avons été très bien entourés et nous avons déjà un petit garçon merveilleux qui grandit bien et est curieux de tout.


Si cet épisode douloureux fera à jamais partie de notre histoire, il a surtout provoqué une avalanche de sentiments et soulevé beaucoup de questions mais aussi de controverses.


D’abord le choc, le déni, la culpabilité et la honte…


Comme beaucoup de femmes ayant eu une grossesse arrêtée, j’ai eu l’impression d’échouer, d’avoir raté quelque chose, et je m’en suis rapidement attribué l’entière responsabilité. Etait-ce arrivé parce que j’avais jardiné le week-end précédent et que j’avais porté deux sacs de terreau ? Ou parce que je n’ai pas assez bien lavé les légumes de la salade du jeudi soir ? Ou parce que je me suis permise de manger des crevettes cuites la veille de l’examen ? Ou peut-être parce que j’avais recommencé mon traitement thyroïdien ? Ou bien à cause du stress lié à la crise Covid ?


En réalité, la grande majorité des fausses couches ne sont pas causées par des actes ou des comportements, mais par des anomalies chromosomiques. Une enquête américaine publiée en 2015 révèle pourtant que 41% des femmes ayant fait une fausse couche s’estimaient personnellement responsables de ce qui leur était arrivé.


De suite après l’annonce fatidique, ma gynécologue avait effectivement voulu me rassurer, et me déculpabiliser : 1 femme enceinte sur 4 fait une fausse couche ! Et encore, ces chiffres pourraient être revus à la hausse puisque certaines fausses couches, très précoces, passent encore inaperçues…

Mais alors, pourquoi, si c’est aussi courant, personne n’en parle jamais ? Pour reprendre les mots de la députée française Paula Forteza, « Pourquoi en avoir fait collectivement un tabou, une expérience à passer sous silence sous prétexte qu’elle serait glauque et choquante? ».



La règle des 12 semaines : une assignation au silence


Toutes les idées préconçues et fausses précitées, ce sentiment de culpabilité, sont le résultat d’un silence et d’une stigmatisation culturelle archaïque, celle qui veut qu’on ne révèle sa grossesse qu’après 12 semaines, quand les risques de perte du fœtus sont amoindris. Pendant des générations, la fausse couche a été considérée comme trop intime et personnelle pour être partagée.


Marie-Hélène Lahaye, auteure du blog « Marie accouche là », explique : « Le tabou sur les fausses couches est maintenu par la puissante injonction faite aux femmes et aux couples de n’annoncer la grossesse à leur entourage qu’au bout de trois mois de gestation, période durant laquelle les risques de perdre l’embryon sont les plus grands. Cette injonction, entretenue tant par le monde médical que par les livres de grossesse, a pour seul but d’empêcher les futurs parents d’annoncer par la suite une éventuelle fausse couche. »


Cette tradition du silence entourant la fausse couche stigmatise la perte elle-même, car elle est perçue comme quelque chose d’anormal, d’inhabituel, ou même comme quelque chose qui n’arrive qu’à ceux qui le « méritent », ce qui encourage la stigmatisation et le sentiment de honte et/ou de culpabilité. Dans notre cas, nous avions choisi de tout de même annoncer cette très jeune grossesse à nos familles. Pourquoi ? Déjà parce que nous voulions partager notre bonheur mais également parce que nous voulions avoir au moins quelques personnes averties dans notre entourage si quelque chose devait mal se passer. Instinct ou hasard ? Probablement un mélange des deux… À titre personnel, je regrette seulement de ne pas avoir pu l’annoncer à nos amis, que nous n’ayons pas pu nous réjouir aussi à leur côtés…

Décider quand et avec qui partager la nouvelle d’une grossesse est une décision très personnelle, je le conçois et ne veut donner de leçon à personne ! Mais quel que soit votre choix, sachez que vous méritez d’être soutenue (si vous le voulez) tout au long de votre grossesse, à chaque étape, et ce quelle qu’en soit l’issue.



Une prise en charge expéditive


Après l’annonce de la perte du fœtus (lundi), ma gynécologue a immédiatement contacté l’hôpital pour la mise en place du processus d’expulsion et m’a mise sous certificat pour le reste de la semaine. Un traitement par Misoprostol (Cytotec) a ainsi été programmé pour le surlendemain (mercredi). Pour info, ce médicament provoque de violentes contractions utérines (et quelques effets secondaires comme des frissons, des diarrhées…) et son ingestion dure 1 journée entière, en hôpital de jour, pendant laquelle il faut faire les cents pas (véritablement : le médicament agit plus vite si on s’active !!).


J’ai appris par la suite que dans le cadre d’une grossesse arrêtée – et donc pas d’une IVG – le fœtus est rarement expulsé mais qu’il existe tout de même 10% de chance que cela fonctionne et donc qu’un geste chirurgical soit évité. Je comprends bien évidemment qu’il faille tout faire pour éviter l’opération si c’est possible mais aurait-ce été trop demander que de m’avertir du faible risque de réussite de cette médicamentation ? Évidemment, j’ai fait partie des 90% de cas où l’absorption de Cytotec n’aboutit pas…


Le surlendemain (vendredi) j’ai donc été opérée et j’ai subi un curetage, sous anesthésie générale ; 15 minutes chrono au bloc, puis 30 autres en salle de réveil. Avant de rentrer chez moi, on m’annonçait que mon certificat ne serait pas prolongé et que « vu qu’il ne s’agissait pas d’une opération lourde », je pourrais « profiter » du week-end pour me remettre et reprendre le travail le lundi… Mais comment a-t-on pu imaginer une seule seconde que pour moi il ne s’agissait que d’un simple geste chirurgical et que 2 jours plus tard je serais en état physique et mental pour retourner au boulot ? J’ai dû faire des pieds et des mains pour qu’on me laisse vivre mon deuil chez moi une semaine de plus… Aberrant !

Pour finir, personne ne nous a demandé à un seul moment de cette semaine infernale si nous voulions parler à un professionnel de la santé mentale pour nous aider à aller mieux, dire ce que nous ressentions, nous rassurer, nous conseiller… Personne ! Ni à moi, ni à mon mari !



Le manque de considération pour la douleur du père


J’ai également envie de rappeler que les fausses couches affectent les deux parents ; lorsqu’un couple est touché par un tel évènement, on se désole spontanément pour la mère, rarement pour le père. Mais pourtant, eux aussi souffrent, d’autant qu’ils s’investissent de plus en plus dans le projet d’avoir un enfant.


Les hommes sont souvent plus pudiques sur leurs sentiments, et mon mari n’échappe pas à cette règle. Or désillusion, tristesse, angoisse, colère, sentiment d’injustice, d’impuissance voire de culpabilité peuvent les toucher profondément, au même titre que les femmes ! Dans le cadre d’une fausse couche, leur souffrance est mise de côté dans une sorte de tabou social. Ils sont souvent forcés de vivre cette expérience en solitaire.


Dans notre cas, à aucun moment le personnel médical n’a demandé à mon mari comment il allait et s’il avait besoin, lui aussi, de quelques jours pour souffler. Il a dû retourner travailler le lendemain de l’annonce de l’arrêt de la grossesse, comme si de rien n’était ! J’ai été très peinée par la façon dont il a été mis de côté dans la gestion de cette perte, et cela m’a fait comprendre à quel point les combats féministes, comme celui de l’allongement du congé de paternité, sont loin d’être terminés !


J’ai longtemps hésité à poster ce message, mesurant le retentissement qu’il pourrait avoir mais aussi car j’avais conscience de briser un tabou. J’espère qu’il n’aura blessé personne et qu’il aura pu aider toutes celles et ceux qui sont passés ou passeront par-là.


Prenez soin de vous ❤


Quelques conseils de lectures :

  1. Le blog de Marie-Hélène Lahaye : https://marieaccouchela.net/index.php/2016/05/12/pour-en-finir-avec-le-tabou-des-fausses-couches/

  2. Le compte « I had a miscarriage » sur IG : https://www.instagram.com/ihadamiscarriage/


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